La naissance de Marie


Marie vient de célébrer son anniversaire et c’est à cette occasion que j’ai décidé de commencer à écrire l’histoire de sa naissance. Pendant que je m’en souviens encore. Il y a bien des choses que nous croyons ne jamais pouvoir oublier, et malgré tout, il m’en manque déjà des bouts.

Marie est née à 38 semaines de gestation, un beau bébé bien rose qui pesait 7 livres 8 onces, mon deuxième plus gros bébé. Elle est née le jour de l’an, la fête de Marie Mère de Dieu dans le calendrier liturgique Catholique. Son nom était choisi depuis longtemps : 6 ans auparavant, lors d’une visite à la cathédrale de Kingston (ON) alors que j’étais enceinte de mon bébé#2, j’avais été inspirée par une statue de la Pietà et j’avais choisi « Marie » comme nom de fille. C’était un garçon. Une autre fille a suivi et le prénom « Marie » est resté en haut de la liste des prénoms. Son nom était donc choisi bien avant qu’elle naisse. Nous avons choisi le prénom et elle  a choisi le jour : les deux se sont bien accordés.

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Première photo des 4 enfants!

La veille du jour de l’an, j’avais eu quelques contractions irrégulières au cours de la nuit. Ma sage-femme m’avait expliqué que son équipe était complètement débordée et que si mes contractions se régularisaient, je devrais me présenter à l’hôpital car toutes les sages-femmes y étaient déjà. Nous avions planifié une naissance à la maison et cette nouvelle a eu l’effet d’une douche froide. Au cours de la nuit, ma sage-femme, qui partait en congé le 1ier janvier, s’est arrêtée chez moi pour voir si je faisais du progrès. Elle a passé la fin de la nuit dans notre lit d’invité. Au petit matin, mon semblant-de-travail s’était non seulement arrêté mais n’avais causé aucun effacement, aucune dilatation, pas même la promesse de choses à venir. C’est donc avec une gueule de bois qui n’avait rien à voir avec les excès du Nouvel An que je me suis levée le matin du premier janvier.

Nous sommes allés à la Messe pour célébrer la fête de Marie-Mère-de-Dieu et nous avons reçu mes parents pour le lunch. Je me rappelle avoir un mal de tête et être de plutôt mauvaise humeur. Au cours de la soirée du premier janvier, j’ai soudainement eu une longue contraction très intense qui a duré presque 2 minutes. Sachant que les contractions de 2 minutes relèvent du domaine de la transition, j’ai rappelé la sage-femme de garde pour lui demander son opinion. Il était 21 :00 et je n’avais pas eu d’autres contractions. Je me rappelle de sa voix un peu fatiguée – la pauvre s’apprêtait sans doute à se mettre au lit – m’expliquant que je devrais attendre d’avoir des contractions régulières aux 5 minutes avant de la rappeler. Je ne sais pas ce que j’ai répondu, peut-être que j’ai pleuré, peut-être que j’ai eu l’air assez misérable, mais elle a décidé de venir me voir à la maison. Peut-être s’est-elle dit qu’elle pourrait aller se coucher après, peut-être a-t-elle eu un pressentiment au sujet d’un quatrième enfant. Quand elle est arrivée chez moi à 22 :30, j’étais complètement dilatée et prête à pousser. Je n’avais pourtant aucune envie de pousser. Je suis allée me coucher pour attendre que le travail reprenne, ou plutôt prenne tout court. J’ai dormis un peu. Je suis allée à la salle-de-bain et je me souviens de  la sage-femme tranquillement assise près de la porte, toute gantée et prête à attraper le bébé. Je suis retournée à ma chambre et elle m’a dit doucement : « Il serait peut-être le temps de faire sortir ce bébé-là… Voudrais-tu essayer de pousser un peu? »  et en une poussée, j’ai donné naissance à ma troisième fille. Elle pesait 7lbs8oz, mon deuxième plus gros bébé (encore aujourd’hui). Elle nous a surpris avec sa fissure labiale, mais elle a tout de suite été capable de prendre le sein et allaiter. Bébé du jour de l’an, elle est née vers 23 :05.IMG_6167

Le jour de son baptême, quelques semaines avant sa première chirurgie.
Le jour de son baptême, quelques semaines avant sa première chirurgie.

Heureusement que nous avions planifié une naissance à la maison, sans quoi c’est en ambulance que je me serais rendue à l’hôpital, accouchant sans doute en cour de route. Ou encore, j’aurais accouché seule à la maison en attendant que mes contractions deviennent régulières!  Ma fille de presque-6 ans voulait assister à la naissance. Nous l’avons réveillée mais à la dernière minute, elle s’est enfuit dans les bras de ma sœur qui était présente pour aider.

En route pour la salle d'op!
En route pour la salle d’op!
Dans le sling, vers 6 mois. Ne portez pas vos bébés comme ça! Elle est trop basse et son menton est écrasé sur sa poitrine. Une telle position pourrait compromettre la respiration d'un nourrisson. On apprend toujours!
Dans le sling, vers 6 mois. Ne portez pas vos bébés comme ça! Elle est trop basse et son menton est écrasé sur sa poitrine. Une telle position pourrait compromettre la respiration d’un nourrisson. On apprend toujours!
1 an! On célèbre avec grand-maman!
1 an! On célèbre avec grand-maman!
Aujourd'hui!
Aujourd’hui!

Jumeaux: L’histoire bien ordinaire de deux bébés en santé — Médecin ou sage-femme?


Une des premières décisions à prendre lorsqu’on apprend qu’il y a deux bébés là-dedans est de décider qui va assurer notre suivi de grossesse. En Ontario (et dans plusieurs provinces canadiennes) les grossesses peuvent être suivies par une sage-femme, un médecin de famille ou un obstétricien-gynécologue. Les sage-femmes pratiquent en hôpital et à la maison. Pour une grossesse multiple, la sage-femme fait la plupart du suivi avec quelques rendez-vous clef avec le médecin. Lors de l’accouchement, la sage-femme et un médecin assistent à l’accouchement. Si la mère doit accoucher par césarienne, un gynécologue fera la césarienne. Les femmes qui attendent des jumeaux sans complications majeures peuvent rester avec leur sage-femme sans problème. Si des complications arrivent en cours de grossesse, les soins seront transférés, temporairement ou de manière permanente, à un spécialiste. Une grossesse multiple comporte plus de risques qu’une grossesse simple, cependant ces risques ne se réalisent pas toujours. L’important, c’est que le suivi prénatal soit rigoureux.

Mes deux premiers enfants sont nés à l’hôpital avec un médecin de famille. Après une rencontre avec une gynécologue peu avenante pendant mon deuxième accouchement, j’ai préféré avoir une sage-femme pour mon troisième accouchement. Mes troisième, quatrième et cinquième bébés sont nés à la maison avec une sage-femme (techniquement deux sage-femmes et une stagiaire). À cause de complications suite à mon cinquième accouchement, mon sixième bébé est né avec une sage-femme à l’hôpital. Lorsque je suis tombée enceinte pour la septième fois, j’ai tout de suite appelé ma sage-femme et commencé le suivi prénatal. Après l’annonce des jumeaux j’ai pensé que ma sage-femme continuerait mon suivi jusqu’à l’accouchement. Puis on m’a expliqué comment ça allait fonctionner…

L’hôpital auquel ma sage-femme avait ses privilèges n’acceptait les accouchements qu’à partir de 34 semaines (je crois, ma mémoire pourrait me faire défaut.) “Très bien, ai-je déclaré, si j’entre en travail avant 34 semaines, je n’aurai qu’à me présenter au centre tertiaire le plus proche.” Non, m’a-t’on répondu, pas exactement.

“Puisque ta sage-femme pratique à l’hôpital X, tu dois te présenter à l’hôpital X avec ta sage-femme. Puisqu’il s’agit d’un travail prématuré, ta sage-femme devra confirmer que tu es bel et bien en travail et puisqu’il s’agit d’un cas qui requiert un transfert de soins de la sage-femme à l’obstétricien, l’obstétricien de service à l’hôpital X devra être consulté avant de demander un transfert à un centre tertiaire. Tu sera ensuite transférée, sans doute par ambulance, au centre tertiaire. Cependant, puisqu’il s’agit d’un travail passablement prématuré et d’une grossesse multiple, ils devront te trouver une place dans un centre tertiaire qui aura deux lits en néonatalogie et un lit en maternité. C’est alors que les appels commencent. Ils vont appeler les 3 centres tertiaires de ta région et celui de Kingston…” Pardon??

Je comprenais que les transferts étaient fait régulièrement et avec beaucoup d’efficacité, cependant j’ai un historique d’accouchement précipité. Je voyais bien qu’un accouchement prématuré en cours de transfert, soit à mon hôpital d’origine ou en route, était une possibilité trop réelle pour être ignorée. Tellement réelle que ma sage-femme n’était pas entièrement à l’aise à l’idée de me garder. Et mon mari, pour sa part, avait déjà décidé que le jeu n’en valait pas la chandelle. De toute façon, j’allais accoucher en salle d’opération avec une équipe médicale sous la supervision d’un obstétricien gynécologue, même avec une sage-femme. C’est avec le coeur gros que j’ai annoncé à ma sage-femme que j’allais passer sous les soins d’un spécialiste et je lui ai demandé de me donner le nom d’un ob-gyn avec lequel elle aimait travailler. Puisque j’avais quand même l’intention d’accoucher sans épidurale, le plus naturellement possible, j’ai pensé qu’un médecin qui travaillait bien avec les sage-femmes serait plus apte à comprendre et accepter mes désirs. J’ai eu tout à fait raison. J’ai été référé à un excellent médecin que je n’ai pas vu beaucoup au cour de ma grossesse (le suivi était surtout assuré par l’infirmière en charge de l’obstétrique à moins de complications) mais qui était présent lors de mon accouchement.

Lorsque j’ai commencé à présenter des signes de travail prématuré à 24 semaines, j’étais contente d’avoir fait le changement. Pourtant, la décision de laisser ma sage-femme était un point bas de ma grossesse. J’en ai pleuré pendant quelques jours puis encore à 34 semaines lorsque j’ai réalisé que j’aurais pu garder ma sage-femme et accoucher à l’hôpital X.

Dans mon cas, la décision de passer  d’une sage-femme à un médecin a été prise à la lumière de risques connus. Cependant, c’était un sacrifice important. Les soins prodigués par les sage-femmes en Ontario sont inégalés, particulièrement du point de vue de la mère ou de la dyade maman-bébé. Les sage-femmes traitent la personne complète et apportent une attention particulière au bien-être de la maman, une perspective qui manque chez les médecins spécialistes. À moins que vous ne fassiez face à un risque connu qui justifie un recours anticipé au spécialiste, je vous recommande chaudement de consulter une sage-femme pour votre grossesse multiple. Même si ce n’est que pour un temps limité, vous bénéficierez de leur approche paisible et compétente.

Je n’avais pas de caméra digitale avant mon cinquième accouchement et j’ai donc peu de photos du travail des sage-femmes à la maison. Voici une petite présentation de quelques photos de mon dernier accouchement à la maison.