Mon héritage


Le 13 mai 2017, mes parents ont célébré leur 45ième anniversaire de mariage. Enfant, je feuilletais leur album de mariage avec fascination. Je pouvais y voir mes cousins, alignés le long du chemin de gravillons qui menait à l’église de Vascoeuil, les garçons portant des vestons assortis, les filles leurs robes à «smocks». Je me régalais de la jeunesse et de la beauté de mes parents. Le complet «Prince-de-Galles» pâle de mon père et sa cravate à motif octogonal criaient 1972. Mais comme si elle voulait conter l’histoire de deux mondes en collision, tout ce que portait ma mère était classique et éternel. Sa robe blanche, confectionnée au Québec par ma grand-mère paternelle,  n’avait autre atour que des petits boutons nacrés mettant en évidence la simple perle qu’elle portait au cou. Ma mère avait délaissé le voile traditionnel pour un chignon élaboré tenu à l’aide d’une large boucle de ruban blanc tombant en spirales le long de ses épaules. Mes parents s’étaient rencontrés aux États-Unis et mariés en France dans le village ancestral de ma mère avant de retourner vivre au Canada, le foyer de mon père. J’ai toujours ressenti un attachement profond à la famille de ma mère et l’album photo de mes parents représentait pour moi une clef du mystère de la dislocation, ce sentiment de n’être à l’aise nulle part, d’appartenir simultanément à deux mondes sans ne jamais se sentir chez soi.

Le jour de l’anniversaire de mariage de mes parents, mes enfants ont annoncé — avec l’aide de Facebook — que mes parents célébraient leur quarante-cinquième anniversaire de mariage. Je me suis exclamé: «C’est impossible! Je ne suis pas si vieille!!», mais non, en effet, je le suis. Je suis née 18 mois après le mariage de mes parents. Aînée d’une famille formée par un francophile et une française, j’ai grandi dans l’ignorance de ma déviance jusqu’au jour où je suis entrée à l’école. C’est alors que mon accent, né du métissage  entre l’énonciation claire des français et le lié chuintant des Québécois — un humoriste québécois a décrit l’accent français ainsi: «C’est comme parler… mais avec des dents.» — m’a valu moqueries, insultes et appels à “retourner d’où je viens.” Mes professeurs me faisaient parler à haute voix pour pouvoir rire de mon accent. Du jour au lendemain mes vêtements choisis d’après les goûts français de ma mère sont devenus démodés; mon imagination créatrice est devenue une perte de temps; ma rêverie est devenue une infraction punissable, et l’humiliation un moyen acceptable de corriger l’affront, de redresser le crochu, d’homogénéiser le bigarré.

 

J’ai grandi comme «l’autre» dans une communauté québécoise si homogène qu’une petite fille blanche parlant un français différent était perçue comme l’outsider. J’ai grandi au coeur d’une dichotomie où tout ce qui était ridicule à l’école — mon parler, mes vêtements, mon imagination, ma créativité — était célébré à la maison. Le mariage de mes parents, avec leurs univers en collision, avait créé un endroit au sein duquel la différence était saine, voir désirable. J’y prenais refuge contre les moqueries et le rejet de mes amis et professeurs. Le contraste marqué entre l’acceptation artificielle et conditionnelle du monde qui m’entourait et l’amour inconditionnel de ma famille m’a enseigné que les gens qui blessent ceux qui les entourent souffrent d’un mal plus noir et plus profond que les injures qu’ils profèrent.

 

Le mariage de mes parents n’était pas ce dont on fait les films. Il n’avait aucun artifice, aucune prétention. Portée par l’intrépidité qu’offre la jeunesse, ma mère avait quitté sa famille française au profit d’une vie au Canada, à une époque où les billets d’avion coûtaient à peu près ce qu’ils coûtent aujourd’hui sur un dollar plus difficile à gagner. Les appels téléphoniques transatlantiques se comptaient en dollars par minute. Ma mère nous a élevés sans le soutien de sa famille outre les lettres manuscrites qu’elle recevait de sa mère et de ses soeurs. J’ai vu l’océan s’élargir alors que ses parents prenaient en âge et en fragilité; et devenir plus large encore alors que ses frères et soeurs ont atteint la fin de leur trajet. Mes parents s’aimaient de manière imparfaite, mais ils se sont tenus l’un à l’autre par la force d’une promesse et de leur volonté de céder aux besoins de l’autre.

 

J’ai toujours compris sans nécessairement pouvoir l’articuler que ma mère avait choisi un mari et non un pays. Elle a toujours cherché à maintenir son identité et sa culture française même au coeur d’une société qui la percevait comme snob ou prétentieuse. On lui disait qu’elle était «gentille pour une française». Presque 50 ans plus tard, elle parle toujours avec un accent français (aux oreilles des Québécois) et n’a jamais goûté à la poutine. Au dîner d’anniversaire de mes parents, mon frère, ma soeur et moi avons fait des farces de bon coeur au sujet de ces «immigrants qui refusent de s’intégrer.» Ma mère a toujours eu un pied dans deux mondes et j’ai toujours su que la famille qu’elle avait créée au Canada était son ancre. Sans nous, elle aurait depuis longtemps suivi les vents d’est vers l’atlantique et flotté jusqu’à la France. Son amour nous était donné gratuitement, mais son coût en était toujours évident.

 

L’amour inconditionnel est mon arme secrète alors que je suis mon bout de chemin dans le monde d’aujourd’hui. Il m’a été donné par mes parents, inscrit dans chacun de mes gènes. J’y ai trempé dans la douce innocence du sein de ma mère. Je m’y suis accroché lorsqu’enfant je trébuchais. Je m’y suis réchauffée lorsque j’étais seule et frigorifiée. Je l’ai laissé me rapiécer lorsque mon coeur était brisé. J’y ai trouvé le courage de faire face aux moqueries et au ridicule. Je n’ai rien fait pour le mériter et pourtant, il m’accompagne à tout moment.

 

L’amour inconditionnel est une disposition du coeur qui s’exprime par les mots et les gestes les plus simples. Et pourtant, nous avons du mal à comprendre comment aimer nos propres enfants. Motivés par la culpabilité, nous nous jetons sur tout ce qui brille, que ce soit une nouvelle diète, une nouvelle possibilité, un nouveau trophée. Nous pensons que l’amour devrait être tangible, palpable, mesurable, alors que nous savons très bien qu’il ne peut l’être. Nous arrachons une page du manuel de nos enfants, mélangeant leurs envies et leurs besoins, comme si le besoin de nourriture et l’envie de foie gras étaient la même chose.

 

Le mariage de mes parents est mon présent et mon héritage. Tranquille et sans prétention, l’amour transforme le monde une famille à la fois.

 

Discipline sans menaces 


Lorsque j’ai commencé à éduquer mes enfants à la maison, la première chose que j’ai remarquée fut l’omniprésence de mes enfants. Soudainement, nous étions ensemble toute la journée. Et la soirée. Et la fin de semaine aussi. Il nous fallait apprendre à vivre ensemble et à respecter l’espace vital de chacun. Pas une tâche facile dans une famille grand format.

 Le respect de l’espace vital de chacun ne se fait pas qu’au plan physique, il faut aussi apprendre à se traiter avec respect minute après minute, heure après heure. Je dis souvent à la cantonade qu’il est impossible d’élever des enfants sans pots-de-vin — et je ne parle pas d’un verre de rouge après l’heure du coucher — mais pour plusieurs d’entre nous, les menaces plutôt que les promesses sont la pierre angulaire de notre approche disciplinaire. Sur les forums Internet que je fréquente, les approches basées sur les menaces ou le retrait de privilèges foisonnent. Pendant longtemps, j’ai souscrit à ces approches, préférant faire référence aux “conséquences” d’une action plutôt qu’à une punition.

J’ai rapidement appris que nos jeunes enfants (et même nos adolescents!) n’avaient pas assez de contrôle sur leur environnent pour que notre approche disciplinaire puisse reposer sur les conséquences naturelles d’une action. Pensez-y. Un enfant joue près du four, un enfant désobéi et va jouer dans la rue, un enfant mord un autre enfant. Les conséquences naturelles de ces actions sont physiquement ou emotivement inatteignables. Qui va laisser son enfant se brûler sévèrement ou se faire frapper par une voiture par acquis de discipline? Et pour la morsure, les remords et la perte d’un ami sont à plusieurs années de faire une différence. Il arrive souvent aussi que les conséquences naturelles soient trop onéreuses pour la famille ou se résument à punir toute la famille pour les actions d’une petite personne. C’est le cas lorsque nous promettons à bout de nerf d’annuler Noël, un voyage à Disney ou de quitter le resto sur le champ. Nous devons tous nous rabattre sur des conséquences inventées pour faire une impression: retrait de privilèges, isolation, confiscation de jouets, privation de dessert.


Cette approche a plus ou moins de succès selon le tempérament de nos enfants et le notre évidemment. Certain enfants choisiront toujours la “conséquence” histoire de garder le contrôle sur une situation qui leur échappe. Certains parents passeront rarement aux actes histoire d’éviter un face-à-face explosif. L’appel aux conséquences est d’une utilité limitée, surtout lorsque celles-ci sont inventées et doivent être mises-en-œuvre par les parents. L’utilité des conséquences naturelles est leur renforcement naturel, sans avoir recours aux discours, à la répétition et à la punition. La conséquence inventée (par exemple, range ta vaisselle sale ou perd ton tour de PS3) doit être imposée par le parent tout comme les mesures punitives. C’est donc une punition déguisée en conséquence.

Un autre problème avec le recours aux menaces et à la perte de privilèges, particulièrement dans le contexte de l’instruction en famille, c’est que la plupart de nos enfants mènent une vie dans laquelle le privilège est partie intégrante, c’est-à-dire qu’il est difficile d’isoler le privilège pour pouvoir l’enlever. Au jour le jour, une fois que nous avons retiré le privilège d’écran ou le dessert, peut-être une sortie chez un ami ou une fête d’anniversaire, on arrive à bout de munitions. Mes enfants perdent souvent leur privilège de télévision ou leur iPod avant 9:00 du matin. Lorsqu’on manque de “conséquences”, on doit se rabattre sur notre autorité toute simple. Et c’est ainsi que je me suis rendu compte que mon autorité, sans menaces, était plutôt mince.


C’est ainsi que je me suis embraquée dans un défi de discipline sans menaces.

J’imagine que vous attendez que je vous admette que tout marche à merveille ou que tout a foiré? Ni l’un ni l’autre. C’est une aventure à long terme. Mais je peux vous dire que nous avons beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à un résultat tangible. La discipline interne est le travail d’une vie, si j’en crois mon expérience.

Le rodage ne s’est pas fait sans frictions. Libérés du contrôle artificiel qu’imposaient les “conséquences”, la fratrie est graduellement tombée dans le chaos le plus total. Le travail d’école est tombé en friche et le niveau de criage, d’insultes et de chamaillage ont atteints un nouveau record (ce qui n’est pas peu dire). Mon autorité ne tenant qu’à un fil, je suis devenue irascible, impatiente et généralement irrationnelle. La conclusion de mon expérience de discipline sans menaces était déprimante d’une manière ou d’une autre: soit je devais remettre les menaces au menu, soit je devais me déclarer vaincue et à la merci de mes enfants.

Avec un peu de recul et de réflexion, j’ai réalisé que le recours aux menaces me permettais de ne pas imposer de limites strictes, d’encadrement ferme. Une fois au bout du rouleau, je n’avais qu’à brandir  le retrait de privilèges pour que les choses se placent. J’ai appris que sans menaces, je devais être beaucoup plus claire et prévisible quand il en venait aux attentes et aux limites. Éliminer les menaces me forçait à être à la fois plus tendre et plus ferme. J’ai du établir des règles de conduite dans la maison — autant au niveau du comportement que de l’espace physique — que je dois faire respecter sans exception sous peine de me perdre dans l’anarchie. D’une certaine manière, c’est un style de vie plus restrictif qu’avant mais j’ai espoir qu’avec un peu de temps et beaucoup de pratique nous allons arriver à un point d’équilibre. En somme, j’essaie d’être moins “réactive”, c’est-à-dire que je n’attends pas d’être en face d’une situation critique avant de réagir. J’essaie de ne pas me rendre au bout du rouleau. J’y arrive en ayant recours aux routines et aux séquences, en baissant le volume pour garder le calme et en n’ayant pas les yeux plus gros que la panse au niveau de la discipline. Je prends un bouchée à la fois, un changement à la fois, et je mâche et remâche jusqu’à ce que le morceau soit passé.

Heureusement, j’ai l’occasion de pratiquer souvent!

 

 

 

La discipline sans menaces 


Lorsque j’ai commencé à éduquer mes enfants à la maison, j’ai rapidement remarqué un rétressissement marqué de mon espace vital. Mes enfants étaient omniprésents. Soudainement, nous étions ensemble toute la journée. Et la soirée. Et la fin de semaine aussi. Il nous fallait apprendre à vivre ensemble et à respecter l’espace de chacun. Pas une tâche facile dans une famille grand format.

Le respect de l’espace vital de chacun ne se fait pas qu’au plan physique: il faut aussi apprendre à se traiter avec respect minute après minute, heure après heure. Je dis souvent à la cantonade qu’il est impossible d’élever des enfants sans pots-de-vin — et je ne parle pas d’un verre de rouge après l’heure du coucher — mais pour plusieurs d’entre nous, les menaces plutôt que les promesses sont la pierre angulaire de notre approche disciplinaire. Sur les forums Internet que je fréquente, les approches basées sur les menaces ou le retrait de privilèges foisonnent. Pendant longtemps, j’ai souscrit à ces approches, préférant faire référence aux “conséquences” d’une action plutôt qu’à une punition.

J’ai rapidement appris que nos jeunes enfants (et même nos adolescents!) n’avaient pas assez de contrôle sur leur environnent pour que notre approche disciplinaire puisse reposer sur les conséquences naturelles d’une action. Pensez-y. Un enfant joue près du four, un enfant désobéi et va jouer dans la rue, un enfant mord un autre enfant. Les conséquences naturelles de ces actions sont physiquement ou emotivement inatteignables. Qui va laisser son enfant se brûler sévèrement ou se faire frapper par une voiture par acquis de discipline? Et pour la morsure, les remords et la perte d’un ami sont à plusieurs années de faire une différence. Il arrive souvent aussi que les conséquences naturelles soient trop onéreuses pour la famille ou se résument à punir toute la famille pour les actions d’une petite personne. C’est le cas lorsque nous promettons à bout de nerf d’annuler Noël, un voyage à Disney ou de quitter le resto sur le champ. Nous devons tous nous rabattre sur des conséquences inventées pour faire une impression: retrait de privilèges, isolation, confiscation de jouets, privation de dessert.

Cette approche a plus ou moins de succès selon le tempérament de nos enfants et le notre évidemment. Certain enfants choisiront toujours la “conséquence” histoire de garder le contrôle sur une situation qui leur échappe. Certains parents passeront rarement aux actes histoire d’éviter un face-à-face explosif. L’appel aux conséquences est d’une utilité limitée, surtout lorsque celles-ci sont inventées et doivent être mises-en-œuvre par les parents. L’utilité des conséquences naturelles est leur renforcement naturel, sans avoir recours aux discours, à la répétition et à la punition. La conséquence inventée (par exemple, range ta vaisselle sale ou perd ton tour de PS3) doit être imposée par le parent tout comme les mesures punitives. C’est donc une punition déguisée en conséquence.

Un autre problème avec le recours aux menaces et à la perte de privilèges, particulièrement dans le contexte de l’instruction en famille, c’est que la plupart de nos enfants mènent une vie dans laquelle le privilège est partie intégrante, c’est-à-dire qu’il est difficile d’isoler le privilège pour pouvoir l’enlever. Au jour le jour, une fois que nous avons retiré le privilège d’écran ou le dessert, peut-être une sortie chez un ami ou une fête d’anniversaire, on arrive à bout de munitions. Mes enfants perdent souvent leur privilège de télévision ou leur iPod avant 9:00 du matin. Lorsqu’on manque de “conséquences”, on doit se rabattre sur notre autorité toute simple. Et c’est ainsi que je me suis rendu compte que mon autorité, sans menaces, était plutôt mince.

C’est ainsi que je me suis embraquée dans un défi de discipline sans menaces.

J’imagine que vous attendez que je vous admette que tout marche à merveille ou que tout a foiré? Ni l’un ni l’autre. C’est une aventure à long terme. Mais je peux vous dire que nous avons beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à un résultat tangible. La discipline interne est le travail d’une vie, si j’en crois mon expérience.

Le rodage ne s’est pas fait sans frictions. Libérés du contrôle artificiel qu’imposaient les “conséquences”, la fratrie est graduellement tombée dans le chaos le plus total. Le travail d’école est tombé en friche et le niveau de criage, d’insultes et de chamaillage ont atteints un nouveau record (ce qui n’est pas peu dire). Mon autorité ne tenant qu’à un fil, je suis devenue irascible, impatiente et généralement irrationnelle. La conclusion de mon expérience de discipline sans menaces était déprimante d’une manière ou d’une autre: soit je devais remettre les menaces au menu, soit je devais me déclarer vaincue et à la merci de mes enfants.

Avec un peu de recul et de réflexion, j’ai réalisé que le recours aux menaces me permettais de ne pas imposer de limites strictes, d’encadrement ferme. Une fois au bout du rouleau, je n’avais qu’à brandir  le retrait de privilèges pour que les choses se placent. J’ai appris que sans menaces, je devais être beaucoup plus claire et prévisible quand il en venait aux attentes et aux limites. Éliminer les menaces me forçait à être à la fois plus tendre et plus ferme. J’ai du établir des règles de conduite dans la maison — autant au niveau du comportement que de l’espace physique — que je dois faire respecter sans exception sous peine de me perdre dans l’anarchie. D’une certaine manière, c’est un style de vie plus restrictif qu’avant mais j’ai espoir qu’avec un peu de temps et beaucoup de pratique nous allons arriver à un point d’équilibre. En somme, j’essaie d’être moins “réactive”, c’est-à-dire que je n’attends pas d’être en face d’une situation critique avant de réagir. J’essaie de ne pas me rendre au bout du rouleau. J’y arrive en ayant recours aux routines et aux séquences, en baissant le volume pour garder le calme et en n’ayant pas les yeux plus gros que la panse au niveau de la discipline. Je prends un bouchée à la fois, un changement à la fois, et je mâche et remâche jusqu’à ce que le morceau soit passé.

Heureusement, j’ai l’occasion de pratiquer souvent!

 

 

 

La saison des anniversaires


This post titled “Birthday Season” is about our birthday parties or lack thereof

Je n’ai jamais été une grande “fan” des fêtes d’enfants, sans doute parce que les anniversaires dans notre famille sont concentrés entre janvier et juin. Ç’a l’air de rien comme ça mais une fête d’enfant toute simple à la maison peut coûter une centaine de dollars et taxer la logistique familiale. Avec deux fêtes en janvier, une en février, une en mars, deux en avril et une en juin, ça fait une différence dans notre budget d’opération. Cette année, la saison des anniversaires est tombée pile sur le dernier trimestre de ma grossesse et les fêtes d’anniversaire ont “pris le champ” comme on dit… Les enfants, surtout les plus jeunes, ont posé quelques questions mais s’en sont, en somme, très bien tirés.

Nous avons la chance d’avoir ce que j’appelle “a-party-in-a-box”… c’est-à-dire que notre famille suffit. Depuis que les enfants sont tout petits, nous prenons le temps de décorer une chaise et de placer leurs cadeaux à leur place à table. Les plus vieux sont désormais assez grands pour décorer les chaises et la décoration a pris un ton nettement “ado” — lire “sarcastique” — mais je ne m’en plain pas (trop).

Lorsque les plus grands étaient petits, je m’inquiétais beaucoup de créer des traditions familiales qui passeraient le test du temps. Et maintenant, 18 ans plus tard, je réalise que les traditions se créent elles-mêmes, par le passage du temps. Les célébrations n’ont pas besoin d’être extravagantes pour être mémorables, en fait ce sont les traditions les plus simples qui prennent racine le plus facilement. Ce qui compte, c’est le temps que l’on prend pour les personnes qu’on aime.

 

Frères et soeurs – Deuxième partie


Voici la deuxième partie de ma publication sur les frères et soeurs. Vous pouvez lire la première partie ici.

 

Les querelles et la rivalité entre certains enfants est inévitable. Les facteurs comme la personnalité, le tempérament et la différence d’âge contribuent aux frictions quotidiennes entre frères et sœurs qui marquent l’enfance. Bien que les batailles semblent épiques au jour-le-jour, elles n’évoluent pas nécessairement en guerres de cent-ans à moins que les parents y mettent du leurs.

 

En parlant avec des adultes qui ont des relations tendues avec leurs frères et sœurs, on peut voir certains thèmes apparaître, autant du côté des parents que de celui des enfants. La maladie mentale, surtout si elle est non-diagnostiquée, mal traitée ou sujette au tabou, peut faire des ravages dans les relations familiales, malgré les meilleurs efforts. Mais même dans les meilleures circonstances, certaines attitudes parentales peuvent faire tourner les relations familiales au vinaigre. Les quatre thèmes qui se dégagent de mes observations ne sont certainement pas les seuls mais ils portent à réflexion car ils sont à la fois évidents et faciles à oublier dans la turbine du jour-le-jour.

 

(1) Le favoritisme. Le favoritisme peut prendre plusieurs formes, qu’il soit intentionnel ou non. Nous sommes tous humains, avec nos préférences et nos petits irritants. Il arrive parfois que nous nous entendions mieux avec un enfant plutôt qu’un autre. Peut-être est-il comme nous et on le comprend mieux, ou au contraire, il représente une version non-polie de nous-même qui nous irrite. Les enfants plus faciles peuvent sembler être les préférés parce qu’ils n’attirent pas autant l’attention des parents et des professeurs, mais tous les enfants ont besoins d’un regard positif inconditionnel. Il nous appartient de poser ce regard positif inconditionnel sur tous nos enfants en dépit de nos préférences, peu importe ce qu’il nous en coûte.

 

(2) Les attentes déraisonnables. Les enfants qui sont placés dans un rôle qui leur demande une maturité et un jugement au-delà de leur capacité en garderont souvent les séquelles à l’âge adulte. Si le favoritisme tend à blesser les enfants sous-performants, les attentes déraisonnables blessent les enfants matures, ceux qui ont une tête sur les épaule, les doués, les enfants sages. Ce sont ceux à qui on demande de surveiller leurs frères et sœurs moins obéissants. Ceux à qui on demande des comptes sur le comportement d’un frère ou d’une sœur à l’école. Ceux à qui on demande de ne jamais avoir une mauvaise journée car leur frère ou leur sœur en demande déjà trop. Les enfants parfaits ont aussi besoin d’espace pour grandir et se développer. L’espace de faire des erreurs et l’espace d’être aimés dans leur imperfection.

 

(3) L’abdication. Notre rôle de parents consiste souvent à encourager les enfants à régler leurs différends, à trouver des solutions à leurs propres problèmes. En lorsque les querelles d’enfants abondent, il est souvent plus facile de laisser les enfants à leurs propres moyens plutôt que de s’en mêler. Et c’est souvent la meilleure approche. Sauf lorsque les problèmes sont toujours réglés de la même manière abusive par un enfant plus fort ou plus têtu. Il ne faut pas toujours laisser la raison du plus fort être la meilleure. S’il est vrai que les enfants doivent apprendre à régler leurs conflits interpersonnels, il est aussi vrai qu’ils doivent apprendre à les régler de manière juste et équitable. Il nous revient de montrer à nos enfants les principes de justice, d’équité et de sacrifice personnel qui leur permettront de régler leurs conflits de manière paisible et permanente. La famille est la toute première école de vie en communauté. Les attitudes qu’on y modèle prennent racine et pourront hanter vos enfants tout au long de leur parcours.

 

(4) L’ingratitude. Il arrive parfois que la vie nous donne un enfant plus difficile. Que ce soit dû à la maladie physique ou mentale, ou tout simplement à un tempérament difficile ou à une difficulté d’apprentissage, certains enfants nous forcent à puiser au plus profond de nos ressources de force et de patience. Il en résulte parfois que leurs frères et sœurs doivent prendre un rôle secondaire et céder la place à l’enfant aux besoins les plus criants. Les enfants sont capables de grandeur d’âme et de sacrifice et font souvent preuve d’une maturité inattendue lorsque les circonstances le demandent. Nous ne devons pas prendre ce sacrifice, cette grandeur d’âme et cette maturité pour acquis. Nos enfants ont besoin de savoir que leur sacrifice est reconu, que leur grandeur d’âme est appréciée. Ils ont besoin de se savoir aimés malgré la tourmente.

 

On ne peut pas toujours prévenir les blessures et les injustices. Je remarque chez mes enfants que certains ont un sens aigu de l’injustice qui pèse plus souvent qu’autrement en leur faveur. Il y aura toujours des mauvaises interprétations, des abus de langage, une mauvaise compréhension. Les parents aussi sont des êtres humains, voués à l’erreur. C’est en honorant l’individualité de chacun de nos enfants et en reconnaissant leur valeur au sein de la famille, que nous mettons toutes les chances de notre côté.

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Bienvenue été!


Notre famille célèbre l’arrivée de l’été avec un anniversaire et la promesse de journées moins pressées. Nous aimons nous retrouver à la plage le vendredi soir pour un picnic de fin de semaine. C’est une tradition de mon enfance dont je conserve d’excellents souvenir: les mamans et les enfants se dirigeaient en fin d’après-midi vers la plage du lac Meech et les papas nous rejoignaient après le travail. Puisque nous n’avions tous qu’une voiture, il fallait s’organiser. On achetait un sac de chip en chemin et on mangeait des oeufs durs. C’était une occasion de reconnecter avec nos amis, qui n’habitaient pas dans le même quartier et ne fréquentaient pas la même école, et notre famille. Ni nos voitures ni nos maisons n’avaient l’air climatisé et ces visites de soirée à la plage étaient notre refuge, notre rafraichissement. On conduisait les vitres baissées, le nez au vent, jusqu’aux limites du Parc de la Gatineau, on quittait la ville et l’asphalte trop chaude pour la remplacer par l’eau toujours fraîche du lac. J’habite maintenant trop loin du lac Meech pour en faire une escapade régulière et l’Île Pétrie a remplacé le parc de la Gatineau. Mais j’éprouve encore le même plaisir à fuir mon quartier de banlieue sans arbres le vendredi soir pour me retrouver au bord de l’eau. Voici quelques photos avec sous-titres de notre première sortie estivale. J’y ai inclue ma toute première tentative, après 2 mois, de  photo de famille avec les 9 enfants. Vous verrez si j’ai eu du succès! Si vous cliquez sur la première photo, vous pourrez toutes les voir en “diapo”.

 

 

Frères et soeurs – Première partie


This little blog has seen an influx of new visitors lately, thanks to the popularity of my blog post on large families and the environment. The post below, about sibling rivalry, is written in French. If French is all Chinese to you, please stay for the pictures and thanks for the visit!

Cheers,
Véronique

Ah, les frères et sœurs! La famille est un groupe qui se porte à une multitude de dynamiques, qu’elles soient positives ou qu’elles vous marquent au fer rouge. Les rapports avec les membres de notre famille nous forment, un peu comme le moule dans lequel on verse la pâte à gâteau : à la fois distincte du moule et soumise à son influence. On me pose souvent des questions sur les rapports entre frères et sœurs et j’ai plus d’une fois promis une publication à ce sujet. Quelle meilleure occasion que l’arrivée d’un nouveau petit dans la fratrie?

Lorsque je reçois des questions au sujet de la rivalité entre frères et sœurs, celles-ci viennent de deux camps. D’un côté, les adultes qui ont des relations harmonieuses avec leurs frères et sœurs et qui veulent s’assurer que leurs enfants grandissent dans la même harmonie, et de l’autre côté les adultes qui ont des relations difficiles – ou parfois complètement rompues – avec leurs frères et sœurs et qui veulent éviter que leurs enfants grandissent avec le même bagage. Étant issue de la première catégorie, je dois avouer que je n’ai jamais beaucoup réfléchi à la cause des relations harmonieuses (ou tendues) au sein d’une fratrie. Plusieurs litres d’encre ont été répandus sur des kilomètres de papier, les ouvrages de psychologie et d’auto-assistance ainsi que les livres d’instructions destinés aux parents ne manquent pas. De l’ordre de naissance aux signes astrologiques, les théories sur ce qui pourrait expliquer la fonction et la dysfonction familiale sont nombreuses. Je ne suis ni psychologue, ni gourou du « self-help », mais j’ai le privilège de voir grandir mes propres enfants et leurs interactions me poussent à la réflexion.

 

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Les jeunes parents qui s’apprêtent à accueillir un nouveau bébé se demandent souvent comment assurer une transition sans heurts pour leur aîné. Les parents qui vivent avec des jeunes enfants au jour-le-jour se demandent si les batailles et les insultes quotidiennes laisseront une marque indélébile sur la relation entre leurs enfants. Puisque mes enfants ont en moyenne 2 ans-et-demi d’écart, nos nouveaux bébés arrivent généralement à une époque où le plus jeune est encore très attaché à maman. Au cours de chaque grossesse, un ami proche ou un membre de ma famille exprime son inquiétude quant à la transition de l’ex-bébé. À chaque fois, malgré le stress qui marque invariablement tout changement de routine, la transition se fait bien. L’ex-bébé doit bien grandir et somme toute, il n’est pas toujours décommandé d’encourager cette maturation avec une petite poussée dans le derrière. DSC_0771

 

Dans notre famille, plutôt que de traiter l’arrivée d’un nouveau petit comme un traumatisme pour les enfants, nous préférons le voir comme un événement de la vie normale. Après tout, les femmes sont fertiles de l’adolescence à l’âge d’or. La capacité d’avoir 2 enfants parfaitement planifiés entre l’âge de 30 et 34 ans n’est qu’un résultat des avances de la contraception. La reproduction humaine suggère que l’avènement de plusieurs frères et sœurs sur un certain nombre d’années est la norme biologique plutôt que l’exception.

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Nous voyons donc l’arrivée d’un nouvel enfant comme un enrichissement et non comme un appauvrissement. Bref, nous portons notre regard sur ce que l’enfant ajoute à la vie de famille et non sur ce qu’il enlève. L’être humain est un animal social pour lequel l’organisation en communauté est une question de survie. Notre famille est notre première communauté, celle qui nous apprend à vivre en société. C’est la raison pour laquelle les blessures mentales et émotives qui nous sont infligées par une famille dysfonctionnelle sont celles qui laissent les cicatrices les plus cuisantes. L’harmonie entre les membres d’une famille est l’état d’équilibre et d’harmonie auquel nous aspirons. La discorde familiale est un état dysfonctionnel pour lequel de nombreux adultes cherchent un remède à grands coups de thérapies.

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Les enfants ne naissent pas avec un désir de discorde. Les enfants sont une page blanche à qui nous enseignons, par nos mots, nos gestes et nos attitudes, ce qui est normal, désirable. Au cours de mes conversations avec des enfants devenus adultes, j’ai appris que les querelles et rivalités à long terme, celles qui persistent au-delà des chicanes d’enfants et qui survivent à la maturation, prennent souvent racine dans les attitudes des parents envers leurs enfants. C’est pourquoi lorsqu’on me pose des questions sur la rivalité entre frères et sœurs, je préfère éviter les solutions faciles telles « demander aux visiteurs de dire bonjour au plus grand avant de dire bonjour au bébé » ou encore « d’acheter un cadeau au plus grand plutôt qu’au bébé. » En fait, ces suggestions ne sont pas mauvaises mais elles ne feront pas de différence. C’est la maîtrise de nos émotions en tant que parent et la capacité de contrôler l’expression de notre frustration, de nos préférences et de nos propres blessures qui vont faire la différence.

 

Nos enfants sont les acteurs de leurs propres vies. Nous en sommes les metteurs-en-scène.

Fin de la première partie.